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Magazine PROF n°32

 


L'info 

Enseignement en prison.
Enseigner et apprendre en prison

Article publié le 01 / 01 / 2017.

Les personnes incarcérées peuvent suivre des cours. Focus sur  l’enseignement de promotion sociale et l’E-learning.

Depuis une vingtaine d’années, l’enseignement de promotion sociale (EPS), qui peut délivrer des diplômes ou des attestations de réussite(1), est présent à l’intérieur des prisons grâce au soutien du Fonds social européen. Le projet Réinsert, initié par la Cellule de gestion et de coordination de l’EPS, s’est d’abord développé à l’intérieur des prisons (intramuros). Depuis 2013, le volet extramuros  permet aux personnes détenues, ex-détenues et justiciables de poursuivre un parcours de formation commencé en prison ou d’en entamer un autre dans l’enseignement de promotion sociale (2). Tranches de vie dans et hors les murs.

Des repères, des projets

Sur les murs de ce local du Centre de détention semi-ouvert de Saint-Hubert, les tables de multiplication voisinent avec un texte calligraphié : Si j’étais agent pénitentiaire… 

Ils sont sept étudiants, d’âges et d’origines divers, au cours d’alphabétisation qui couvre dix périodes hebdomadaires réparties sur une journée et demie. « Je n’ai jamais été à l’école, je voudrais aider mes enfants », commence Akim (3). « J’aime écrire mais j’ai du mal à mettre les lettres dans le bon ordre », enchaine Michel.

Pour Jocelyne Gouverneur, enseignante de l’Institut d’enseignement de  promotion sociale à Libramont, tout passe par l’écrit dans le quotidien pénitentiaire : horaire des visites, demandes d’entretien… Apprendre à lire et à écrire donne donc des repères pour comprendre le vécu, et davantage d’autonomie.

L’écrit permet aussi de communiquer avec l’extérieur. Ce matin, les apprenants sont invités à repérer les éléments paratextuels (nom, adresse, signature…)  sur une carte postale. Ensuite, ils définiront un contexte et,  en assemblant les mots appris, ils rédigeront un petit texte et apprendront à l’écrire sur la carte postale qui pourra être envoyée à leur famille.

« J’utilise des manuels d’alphabétisation destinés à des adultes débutants, explique Mme Gouverneur. Je crée aussi des outils ou je me sers de documents qui font partie de l’environnement. Comme le fascicule de cantine (indiquant le prix et la quantité des produits disponibles dans la prison). Tous ces écrits font l'objet de situations d'apprentissage de la lecture, de l'écriture voire de calculs... »

Avec ses étudiants du cours d’alphabétisation de niveau 3, l’enseignante a réalisé notamment une pièce de théâtre, un DVD, un court-métrage… dans le cadre de projets Alpha-culture soutenus financièrement par la Fédération Wallonie-Bruxelles. « L’objectif, c’est que les étudiants s’investissent, s’accrochent. Je m’efforce de leur montrer leurs capacités malgré un parcours souvent chaotique. Grâce aux activités et aux projets auxquels ils participent sur base volontaire, je leur fais prendre conscience de leurs responsabilités par rapport à leurs engagements ».

Ni juge, ni assistant social

Changement de décor : dans une cuisine de l’Institut Roger Lambion, à Anderlecht, Mourad, en libération conditionnelle, s’active à la préparation d’un pain de viande et d’une salade de fruits.

« Son parcours précédent, je l’ai appris par la bande, explique Philippe Echterbille, professeur de cuisine. Cela n’a pas changé mon attitude : tout le monde est sur le même pied, il n’y a pas d’encadrement particulier, de suivi. Comme les autres, cet étudiant partira en stage avec une lettre de recommandation de l’école ».

Mourad n’est pas novice dans l’art culinaire : il a suivi une formation dans un Centre d’enseignement et de formation en alternance, puis en prison. « Ici, j’ai repris les bases. En prison, on apprend, mais on est enfermé, alors on oublie vite, confie-t-il. Porter un bracelet électronique, ça m’oblige à être présent au cours, à respecter les horaires. Mais je n’ai pas à me plaindre. Je rêve d’un accès à la profession dans trois ans et d’un travail dans un bon resto ».

Cécile Beublet, experte pédagogique et technique pour les projets extramuros au Centre de coordination et de gestion des fonds européen pour l’EPS : « C’est l’étudiant qui décide de partager ou non son histoire avec son groupe classe ou avec l’enseignant, qui ne peut être ni juge, ni assistant social ».

Mme Beublet assure le lien entre les écoles de promotion sociale et les établissements pénitentiaires, les maisons de justice, les services d’aide aux détenus … À la prison de Marche, par exemple, elle assure une permanence mensuelle, pour informer les détenus sur les unités d’enseignement de l’enseignement de promotion sociale. « Un travail de longue haleine : il faut écouter la demande, évaluer si elle est réaliste, expliquer le système scolaire, orienter puis, souvent, accompagner le détenu dans les formalités d’inscription ».

Catherine MOREAU

(1) http://bit.ly/2ftVivB
(2) http://bit.ly/2eTm3rp
(3) Les prénoms des apprenants sont fictifs.

Plusieurs opérateurs, les mêmes objectifs

L’Enseignement côtoie d’autres acteurs dans les prisons. L’Atelier d’éducation permanente pour personnes incarcérées, des services d’aide aux détenus, d’aide sociale aux justiciables, d’insertion socioprofessionnelle, l’ASBL Lire et Écrire… y proposent des formations non qualifiantes, des cours d’alphabétisation et de remise à niveau.

Ces opérateurs poursuivent les mêmes objectifs exprimés en 2005 dans la loi de principes concernant l’administration des établissements pénitentiaires et le statut juridique des détenus.

Cette loi précise que l’administration pénitentiaire doit veiller « à ce que le détenu bénéficie d’un accès aussi large que possible à l’ensemble des activités de formation proposées dans l’optique de contribuer à son épanouissement personnel, de donner un sens à la période de détention et de préserver ou d’améliorer les perspectives d’une réinsertion réussie dans la société libre » (1).

La loi ajoute qu’un plan de détention, élaboré en concertation et avec la participation de chaque détenu, contient notamment des propositions d’activités dont les programmes d’enseignement et de formation. Cette loi retranscrit dans le droit interne belge le droit à l’accès à l’éducation inscrit notamment dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme (2) et dans les Règles pénitentiaires européennes (3).

(1) Article 76 de la loi (http://bit.ly/2e8hO7e)
(2) http://bit.ly/1UCXX1r
(3) http://bit.ly/1NCfwg7 (> Règles pénitentiaires européennes, ou directement http://bit.ly/2eNpD3N)

« C’est plus que donner cours »

« Quand l’Institut de Promotion sociale de Marche m’a transmis la demande de la prison, j’ai eu envie de tenter l’expérience, d’aller vers d’autres profils d’étudiants, explique Anne-Françoise Hayen, professeure de gestion à la prison de Marche. J’en ai dix dont le plus âgé a 70 ans. C’est un plaisir d’enseigner, chaque vendredi après-midi, et ils le ressentent ».

« C’est plus que donner cours, il y a des échanges magnifiques avec des gens qui en veulent. Je ne connais par les raisons de leur incarcération ; je leur dis : Nous sommes là pour apprendre ensemble. Quand un de mes étudiants a été transféré à la prison de Mons, je lui ai envoyé les cours et je suis allée lui faire passer les examens ».

Anne-Marie Parrondo, professeure à l’Institut de Promotion sociale Roger Lambion, à Anderlecht : « Pendant plusieurs années, j’ai enseigné la cuisine à une quinzaine de détenus de la prison de Saint-Gilles. Par défi personnel, par conviction qu’il fallait leur donner une seconde chance. Mais dès qu’il fallait faire déplacer les détenus, cela posait des problèmes de sécurité. Ajoutez à cela les imprévus, les grèves des gardiens, les absences… Pas facile de boucler le programme ! Il fallait donc s’accrocher ».

L’exception papier

Rebaptisé E-learning (lire «L'Enseignement à Distance devient E-learning»), l’Enseignement à Distance propose des modules de cours en ligne, qui préparent aux jurys de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Pour garantir aux personnes détenues qui ne disposent pas d’une connexion Internet la possibilité de se former, on a conservé « l’exception papier ».

En 2015, parmi les apprenants actifs d’E-learning, 1021 étaient des personnes détenues. Parmi eux, un sur cinq prépare un jury (CEB, CE1D, CESS). Les autres suivent des programmes de remises à niveau (en français, en maths…), de connaissances de gestion, de langues…

Mais la situation pourrait changer. Le système Prison Clouds, installé à Leuze-en-Hainaut et à Marche-en-Famenne, permet d’équiper les cellules d’ordinateurs connectés à un Intranet, avec un accès limité à Internet.

Grâce à ce système dont toutes les prisons devraient bénéficier à long terme, et moyennant des dispositifs sécuritaires supplémentaires, les personnes incarcérées pourront utiliser les modules interactifs d’E-learning. « Cela leur apporterait des avantages, détaille Jean-François Van Hende, conseiller en orientation à E-learning : des cours interactifs permettant notamment l’usage de la lecture audio ou vidéo, des échanges plus rapides entre tuteurs et apprenants, la possibilité de mettre à disposition des exercices complémentaires, une remédiation sur un point de matière précis… »

C. M.

« Le plus dur, c’est que je ne vois pas le prof »

Quand il était petit, Diego, 19 ans aujourd’hui, voulait être « avocat ou vétérinaire. Mais en 3e professionnelle, pour suivre mes amis, je suis allé dans l’option services sociaux, en plomberie, puis en mécanique d’usine ».

Lorsqu’il arrive à la prison de Marche, au printemps, il est trop tard pour s’inscrire à des cours de cuisine ou de gestion. Reste l’Enseignement à Distance. « Je me suis dit : puisque tu vas perdre deux ans ici, autant les transformer en quelque chose que tu ne regretteras pas ». Son objectif : obtenir le certificat d’enseignement secondaire supérieur. Il a commencé par une remise à niveau en français, en maths, en néerlandais et en sciences. « Je travaille de 6 à 15 h à la prison, je fais les devoirs et j’étudie le soir et le week-end. J’envoie les cours et je me repose en attendant la correction ».

« Le plus dur, c’est que je ne vois pas le prof, je ne peux pas lui poser une question quand je ne comprends pas. J’avais oublié comment on faisait une division ; il me l’a expliqué par écrit. Souvent il écrit Bon courage. C’est positif. Heureusement, les jeudis soir, il y a du soutien scolaire : je prépare les questions que j’ai en tête et je les pose à l’institutrice. Dans ce local, je retrouve aussi un autre détenu qui veut passer le même examen. On peut se donner un coup de main et se soutenir ».

Diego ajoute : « C’est dur. Parfois, je n’ai pas le moral. Je me dis : seul, ce n’est pas possible d’y arriver. J’ai voulu arrêter mais je me suis dit : après, tu vas le regretter ».

C. M.

 

Du CEB au master

Pour promouvoir des valeurs démocratiques, l’Inspection se rend dans les prisons. « Avec deux collègues, je fais passer l’épreuve du CEB dans celle d’Andenne, explique Micheline Dispy, inspectrice de l’enseignement fondamental. Chaque année, deux ou trois candidats s’y préparent avec un instituteur. Ils doivent rédiger un portfolio sur un sujet de leur choix, en détaillant le processus d’élaboration. Après la présentation orale, nous posons des questions pour vérifier leurs acquis et, après délibération, nous pouvons délivrer le CEB adultes».

La Touline, service d’aide aux justiciables du Brabant wallon, mène avec l’ULB un projet pour que des détenus volontaires, possédant le CESS, poursuivent des études universitaires. « Leur programme de cours est adapté à leur situation : pas de travaux pratiques ou sous une autre forme », précise Laurence Sciot, assistante sociale chargée de l’aide à ces étudiants au service social étudiants de l’ULB.

Bénéficiant du statut d’étudiants empêchés, ils peuvent décrocher un diplôme au jury universitaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles. À la prison de Nivelles, quatre détenus tentent ainsi de le décrocher avec le seul soutien pédagogique de visiteurs bénévoles. Ils bénéficient d’une cellule en solo et, durant quelques heures, d’un local de travail commun.

Un « parcours pédagogique spécifique » est aussi possible en cas d’inscription dans une école de promotion sociale sans pouvoir se rendre aux cours.

Pour ouvrir la porte à la formation

Mieux concilier travail et formation, offrir davantage de formations et des locaux adéquats : voilà quelques pistes pour améliorer l’enseignement et la formation en milieu carcéral.

Les témoignages le montrent : pas aisé de trouver une formation et de la poursuivre jusqu’au bout dans les aléas de la vie pénitentiaire.

Selon la Concertation des associations actives en prison (CAAP), qui a recensé l’offre de services dans les dix-sept prisons de Bruxelles et de Wallonie, l’offre pédagogique est très inégale d’une prison à l’autre et le nombre de places disponibles inférieur à la demande et aux besoins (1).

Or, d’après des données récoltées en 2011 par l’ASBL Atelier d’éducation permanente pour personnes incarcérées sur un échantillon de sept-cents personnes détenues, 30 % sont analphabètes (contre 10% dans la population belge). 45 % n’avaient que le CEB, contre 18,9% pour l’ensemble de la population belge de 15 ans et plus (2). Ils étaient 19 % à avoir le diplôme du secondaire inférieur (contre 19,5 %), seulement 4 % à avoir celui de fin du secondaire (contre 34,3 %) et 2 % un diplôme de l’enseignement supérieur (contre 27,1 %).

Des atouts et des freins

Ce qui favorise l’enseignement en prison ? « Une bonne information et un suivi pédagogique », assure Michaël Isméni, du service d’aide aux détenus L’autre lieu. Coordinateur local et pédagogique à la prison de Marche, il assure le lien entre détenus, animateurs et enseignants, direction et agents pénitentiaires. « J’informe sur les formations existantes, je rencontre les candidats, réalise des tests. Actuellement, une institutrice se charge du soutien scolaire. Je recherche deux régents qui viendraient l’épauler ».

M. Isméni le précise : à la prison de Marche, construite en 2013, près de 20% des détenus se forment grâce à l’enseignement. « Nous disposons d’une cuisine didactique et de locaux spécifiques pour les cours et les formations ». Par contre, un état des lieux publié par la Fondation Roi Baudouin montre que bon nombre de prisons, bien plus anciennes, n’offrent pas de locaux adéquats (3). La surpopulation n’améliore évidemment pas la situation.

Une piste est à rechercher pour diminuer la concurrence entre les activités d’enseignement ou de formation et le travail en milieu carcéral. Pour pallier le nombre d’emplois limités disponibles dans les prisons et pour inciter les personnes à augmenter leurs compétences, le Service central du travail pénitentiaire octroie, dans le cadre de formations qualifiantes, une allocation horaire de 0,6 €.

Pas toujours facile non plus de trouver des enseignants prêts à donner des cours en milieu carcéral. «  Il y a un écart entre la réalité et les représentations. Enseigner en prison est parfois moins difficile qu’on se l’imagine, note Stéphanie Dropsy, experte pédagogique et technique pour les projets intramuros au Centre de coordination et de Gestion des fonds européens pour l’enseignement de promotion sociale. Et pour les personnes détenues, l’enjeu est de taille. « Pour certaines, l’attestation de réussite, au terme d’une unité d’enseignement, est le premier document scolaire officiel ». Avis aux amateurs.

C. M.

(1) BERTRAND M., CLINAZ S., L’offre de services faite aux personnes détenues, dans les établissements pénitentiaires de Wallonie et de Bruxelles, CAAP, mars 2015 https://www.feditowallonne.be/File/Rapport_aide_aux_detenus_en_prison_CAAP_mars_2015.pdf
(2) Selon les chiffres de la Direction générale Statistique du SPF Économie : http://bit.ly/2fv4ix8
(3) Ces services d’aide aux détenus sont financés par l’Administration générale des Maisons de justice.
(4) DELVAUX D., DUBOIS C., MEGHERDI S., Activités d’enseignement et de formation en prison : état des lieux en Communauté française, Fondation Roi Baudouin, 2009. http://bit.ly/2emwjYq

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