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Magazine PROF n°38

 

Droit de regard 

Des têtes bien faites, c’est la base de tout !

Article publié le 06 / 06 / 2018.

Olivier de Wasseige, administrateur-délégué de l’Union wallonne des Entreprises, plaide pour un accroissement des savoirs de base et des savoir-être dans le futur tronc commun des élèves.

Pour l’Union wallonne des Entreprises, améliorer la qualité de l’enseignement et valoriser le qualifiant sont des clés pour répondre aux défis économiques actuels et futurs.

© Alexis Taminiaux

PROF : Le Pacte pour un Enseignement d’excellence prévoit un tronc commun « polytechnique et disciplinaire » jusqu’à la 3secondaire. Qu’en pensez-vous ?
Olivier de Wasseige :
Nous ne souhaitons pas prendre parti sur la longueur du tronc commun. Nous faisons confiance au monde enseignant pour décider où il faut mettre le curseur. Mais ce que nous demandons, c'est un renforcement des savoirs de base en maths, en français et en langues.

C'est là que le bât blesse actuellement ?
Avec Brussels Enterprises Commerce and Industry, (BECI), nous avons interrogé, en février, une soixantaine d'entreprises de tous les secteurs sur le tronc commun. Un coup de sonde, pas une enquête vraiment représentative. Mais les résultats interpellent. Pour une majorité de répondants, les acquis de base constatés lors de contacts professionnels (ou après recrutement) avec des jeunes issus de l’enseignement secondaire sont insuffisants en français, en sciences et en langues. Trop d’employeurs observent que des jeunes n’arrivent pas à faire une règle de trois, à lire un mode d’emploi.

Des têtes bien faites, c’est la base de tout ! Les entreprises pourront compléter la formation technique d’un jeune si elle est insuffisante. Pour les savoirs de base, les lacunes sont souvent irréversibles Des études européennes montrent de meilleurs résultats en matière d’adéquation entre les besoins des entreprises et l’enseignement là où les savoirs de base sont les plus ancrés.

Même si ce tronc commun aura un caractère polytechnique (pour favoriser un choix positif vers le qualifiant), ne craignez-vous pas que cela diminue le temps de formation technique des élèves dans les sections qualifiante ?
Le véritable enjeu, c’est donner à l’enseignement qualifiant la place qu’il mérite, en faire une filière d’excellence plutôt que de relégation. Donner aux élèves, durant le tronc commun un éveil technique et technologique suffisant. Leur montrer davantage le lien entre les disciplines étudiées et les applications concrètes en entreprise me semble une bonne piste. Puis, il faut favoriser les stages, l’immersion et l’alternance dans le qualifiant. Et aussi sensibiliser et sensibiliser encore les enseignants et les parents.

Le Championnat des métiers (NDLR : lire dans ce magazine « EuroSkills est en vue »), par exemple, montre que l’enseignement qualifiant et la formation professionnelle peuvent être des filières d’excellence. Dommage que nos jeunes qui se distinguent lors de ces championnats des métiers soient vus comme des exceptions alors qu’ailleurs, on en profite pour tirer l’enseignement qualifiant vers le haut.

Avant d’envoyer ses médaillés aux épreuves européenne ou internationale, WorldSkills Belgium les forme à l’esprit d’équipe, la créativité, l’engagement, l’adaptabilité… L’école ne les y forme pas ?
C’est aussi un des constats des entreprises interrogées : complémentairement aux savoirs de base, ce que les employeurs demandent, dans le tronc commun et après, ce sont des savoir-être comme la ponctualité, l’esprit d'équipe, le respect des autres, la capacité de se mettre en projet, l’autonomie…

Des compétences entrepreneuriales, donc. L’école est trop fermée au monde de l’entreprise ?
Il faut un éveil à l’entrepreneuriat et aux métiers en entreprises. Il reste, malheureusement, une méfiance chez certains enseignants. Les écoles font assez peu appel aux entreprises pour informer les élèves (et les parents) sur les métiers. En particulier au 1er degré du secondaire (malgré le choix d’une filière en fin de 2e année) et au fondamental.

Quid des stages en entreprises ? Les entreprises wallonnes vous semblent-elles très accueillantes ?
J’entends peu de plaintes du côté des écoles. L’UWE a demandé à l’OFFA (Office francophone de la Formation en alternance) une cartographie des places manquantes.

La liste des métiers en pénurie s’allonge, malgré les initiatives mises en place (journées métiers, orientation…). Voyez-vous d’autres pistes ?
Dans l’enseignement qualifiant, seul un tiers des options les plus souvent organisées mène vers des métiers en pénurie. Il faudrait sans doute mieux piloter les options : ce devrait être le rôle du futur observatoire des métiers et des qualifications adossé au Service francophone des Métiers et des Qualifications. Il faudrait aussi accélérer la prise en compte des profils métiers dans les profils de formation pour ne pas continuer à creuser l’écart entre compétences acquises et requises. Sur les 55 référentiels établis pour les métiers en pénurie et en forte tension, une dizaine sont pris en compte actuellement dans l’enseignement.

Côté formation, je pointe un paradoxe : pourquoi le Forem n’a-t-il formé que 3,5% des 20 0000 demandeurs d'emploi à des métiers en pénurie l'an dernier ?

Renforcement des savoirs de base, esprit d’entreprendre. Ce sont des compétences prévues dans le Pacte, finalement ?
Nous n’avons que deux reproches à faire au Pacte. D’abord que sa mise en œuvre prend trop de temps alors que c’est crucial et urgent d’améliorer la qualité de l’enseignement. Ensuite, nous espérons que le Pacte aura des garanties de pérennité et ne risque pas d’être remis en question lors d’une prochaine législature.

Le monde de l’entreprise s’exprime davantage sur l’enseignement et la formation. Certains estiment que ce n’est pas son rôle.
Il ne s’agit pas, comme on nous le reproche parfois, de vouloir faire des élèves de bons petits soldats répondant aux besoins des entreprises. Notre rôle est aussi sociétal. La qualité de l’enseignement influence la croissance du PIB, qui est un indicateur de création de valeur pour les entreprises, mais aussi de bien-être pour la société toute entière. Un enseignement de qualité diminue les risques de pauvreté, et il est en outre prouvé que les personnes instruites sont en meilleure santé et vivent plus longtemps.

Nous observons aussi une inadéquation entre les profils recherchés par les entreprises et ceux qu'on trouve. Actuellement, en Wallonie, il y a 31 000 emplois vacants, soit une augmentation de 50% en un an, notamment dans des métiers en pénurie. Selon le Centre européen pour le Développement de la Formation professionnelle, entre 2016 et 2025, malgré une augmentation de 400 000 emplois en Belgique, le nombre d’emplois peu qualifiés se réduira de 215 000 postes, passant de 17,8 à 12% du total (1). Autant de raisons qui nous poussent à faire de l’enseignement et de la formation notre priorité en 2018.

Cela suppose aussi des enseignants mieux formés ?
Nous ne nous prononçons pas non plus sur le contenu de la réforme de la formation initiale – dont il faudra évaluer le cout. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il y a un lien entre la réussite des élèves et la qualité des enseignants. Dans notre Mémorandum pour les élections communales, nous avons pour la première fois ajouté un point « enseignement » : nous recommandons aux futurs collèges d’accorder une attention particulière à la qualité des enseignants et des directions d’écoles. C’est un enjeu de taille : en primaire, un enfant sur deux fréquente l’enseignement communal et dans le secondaire, un jeune sur 6 est accueilli dans une école provinciale.

Propos recueillis par
Catherine MOREAU

(1) http://www.cedefop.europa.eu/fr/publications-and-resources/country-reports/belgium-skills-forecasts-2025

En deux mots

Olivier de Wasseige est depuis septembre 2017 administrateur-délégué de l'Union wallonne des entreprises (1), la fédération patronale wallonne.

Après une licence et un master en informatique à l'Université de Namur, il a cofondé Defimedia, agence de production et de conseil Web et Multimedia, puis lancé Internet Attitude, fonds privé qui investit dans des start-ups.

Il a enseigné à l’UCL et dans plusieurs hautes écoles et a été coach au Venturelab, l’incubateur étudiant-entrepreneur de l'École de gestion de l'Université de Liège. Il a aussi écrit Codes Condorcet, un roman qui, autour de la mort du pape et l'élection de son successeur, mélange suspense, techniques de l'Internet, enjeux sociétaux, religieux et philosophiques.

(1) http://www.uwe.be/

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