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Magazine PROF n°44

 


L'info 

« Chez nous, l’épicéa bleui
est invendable »

Article publié le 06 / 12 / 2019.

Entr’apprendre immerge des enseignants dans une entreprise et permet la rencontre de profs de cours généraux et techniques sur le terrain. C’est le cas avec des enseignants de l’Institut technique horticole à Gembloux.

Orane Bienfait et Nicolas Dassonville travaillent pour la Société royale forestière, le nouveau partenaire d’Entr’apprendre (1). En novembre, ils ont invité trois enseignants du 3e degré de l’Institut technique à Gembloux à étrenner leur projet de stage et à repérer des parcelles idéales pour réaliser des exercices formatifs : Sébastien Jandrain, Bernard Gentil, titulaires de cours techniques en sylviculture, et Vincent Gerain du cours de sciences.

La rencontre de professionnels et d’enseignants permet une approche plus globale et cohérente d’un métier en évolution.
La rencontre de professionnels et d’enseignants permet une approche plus globale et cohérente d’un métier en évolution.
© PROF/FWB

Une forêt du souvenir

Le premier jour, après une approche théorique, les cinq compères ont visité la forêt de Soleilmont. Gérée par l’ASBL Arbres du Souvenir, elle permet d’accueillir les cendres d’un proche disparu en pleine nature (2). « Pas de couronne funéraire ou d’ornement permanent ; parfois une petite plaquette avec le nom du défunt, explique M. Gentil. Une gestion qui permet le passage des personnes en laissant la première place à la nature ».

Pour le 2e jour, Stéphane Coomans, propriétaire forestier et gestionnaire de forêts privées, accueille le groupe dans les forêts de Neufchâteau et de Fauvillers. Il y teste des plants de Douglas mycorhizés. « On associe au plant un champignon qui favorise l’absorption par les racines des éléments minéraux de la rhizosphère et du sol. Cela favorise la résistance des arbres aux sécheresses successives et aux parasites ». Mais, selon lui, si les températures augmentent encore, aucune essence ne résistera. Il recommande dès lors d’éviter la monoculture et de tester de nouvelles essences, comme par exemple, le cèdre ou le pin.

L’exploitation évolue

Orane Bienfait explique qu’elle invitera les futurs apprenants à griffer les ronces et batonner les fougères qui poussent dans ces parcelles au lieu de les débroussailler : « Ils les croqueront et les plaqueront au sol à l’aide d’un baton. Leur croissance sera ainsi limitée mais elles protégeront toujours les plants par rapport au gibier friand du houppier ». Selon elle, cette technique n’existait pas il y a 15 ans : « Le métier évolue terriblement ».

Plus loin, M. Coomans s’arrête devant des arbres abattus car scolytés. Le scolyte s’attaque à l’épicéa en creusant des galeries sous l’écorce, y pond des œufs et entraine, à terme, la mort de l’arbre par rupture des vaisseaux véhiculant la sève. « Un champignon apporté par ce coléoptère bleuit l’intérieur, explique-t-il. Ce bois est invendable en occident à moins de le traiter comme bois de jardin. Il reste utilisable tel quel sur les marchés asiatiques ou africains… avec un prix de vente 60% plus bas ».

Une approche globale

Vincent Gerain est ravi : « Ce stage me permet de voir ce que font les élèves de sylviculture dans leur métier. Je peux utiliser certains acquis pour aborder des notions en sciences, comme la richesse de la lisière de la forêt en biodiversité ». De plus, en tant que secrétaire de l’épreuve du jury de qualification, il comprend mieux la présentation de l’étude de parcelle que font les élèves à celle-ci.

Sébastien Jandrain a appris du neuf. Il a notamment été impressionné par une vidéo sur le fonctionnement d’un girobroyeur et a envie d’emmener ses élèves en voir une sur le terrain. Et il approuve la venue des professeurs de cours généraux : « Cela leur permet de faire intervenir dans leurs cours des réalités pour lesquelles les élèves ont de l’intérêt : cubage du bois en mathématiques, changement climatique en géographie, biodiversité en sciences, termes techniques de la sylviculture à traduire en anglais ou en néerlandais,… »

Bernard Gentil, quant à lui, souligne l’intérêt d’un projet qui réunit des experts professionnels, des professeurs de cours techniques et de cours généraux, pour un travail d’équipe à mener au bénéfice des élèves. « Cela permet notamment une approche pluridisciplinaire, plus globale et plus cohérente face aux changements qui touchent la sylviculture, comme l’évolution du climat, les sécheresses, la peste porcine africaine… ».

Patrick DELMÉE

(1) https://www.srfb.be
(2) https://www.arbresdusouvenir.com/soleilmont

Des profs, des experts

Le stage d’immersion Entr’Apprendre permet aux enseignants de se familiariser deux jours avec une entreprise, sa culture, son organisation, et de découvrir les pratiques de métiers sur le terrain. Il vise surtout les professeurs de cours techniques, mais s’ouvre aussi à ceux des cours généraux.

Ce stage est programmé en priorité lors des journées de formation collective de l’IFC, ce qui limite les problèmes organisationnels liés à l’absence des enseignants. Il est suivi d’un jour de formation « réseau » au transfert d’expérience vers les élèves.

La programmation 2019-2020 a été élaborée avec les entreprises déjà impliquées dans Entr’Apprendre. La nouveauté ? Les acteurs du projet ont décidé de construire l’offre en fonction des compétences prioritaires pour les élèves, et pour lesquelles une formation en entreprise est nécessaire. Dans ce cadre, l’agronomie et les métiers de la gestion forestière font leur entrée. Ceux-ci ont fait l’objet de nombreuses réformes législatives et de nouveaux défis (réchauffement climatique, maladies des arbres, peste porcine…).

Entr’Apprendre s’ouvre aussi aux formations pour les enseignants du qualifiant dans les Centres de Technologies avancées : cela leur facilite l’accès aux techniques de pointe pour leurs cours.

Entr’apprendre, c’est :

96 % de taux de satisfaction.

2 jours d’immersion

20 entreprises actives

6 secteurs : chimie, construction, industrie, économie, alimentation, agronomie.

25 métiers différents, surtout en demande ou en pénurie.

63 % de participants qui ont identifié un lien direct entre le stage et les référentiels de formation.

 

Informations et catalogue sur http://www.entrapprendre.be  et http://www.ifc.cfwb.be/default.asp?pagetg=menuEA

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