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Magazine PROF n°56

 

Droit de regard 

Hymne à l’imperfection

Article publié le 05 / 12 / 2022.

Mathieu D’Angelo, alias Maky catalogué enfant hyperactif, a accepté de revenir sur son passé d’élève et partage son regard sur l’école d’aujourd’hui.

Maky et un texte re├žu d'une enseignante apr├Ęs un spectacle.
Maky et un texte re├žu d'une enseignante apr├Ęs un spectacle.
© FWB/PROF

Votre spectacle est autobiographique. En quoi étiez-vous « imparfait » selon vos enseignants ?

C’est l’institution, le système qui m’a catalogué « imparfait ». J’étais hyperactif parce que je bougeais beaucoup, je parlais beaucoup, beaucoup trop.

Quand j’étais petit, j’étais un des rares à avoir des parents divorcés. Alors qu’aujourd’hui, la norme est plutôt l’inverse. Hyperactif, sous Ritaline et enfant de divorcés : tout cela n’a pas joué en ma faveur aux yeux de l’institution « école ». On m’a mis dans l’enseignement spécialisé. Après, quand j’ai voulu retourner dans l’ordinaire, on m’a fait redescendre d’une classe. Pourtant, j’avais fait toutes mes primaires sans doubler. Difficile de recommencer en 5P. J’ai donc eu deux ans de retard sans rater. J’étais effacé, en souffrance. J’ai fait beaucoup d’écoles. Cela aussi a joué sur le regard qu’on avait sur moi. On n’a pas creusé. J’étais l’hyperactif aux parents divorcés qui avait deux ans de retard.

Cependant, certains profs ont ensoleillé mon parcours parce qu’ils avaient une manière différente de transmettre, d’être, d’autres approches pédagogiques.

Le chemin des études a été compliqué, mais j’y suis arrivé.

En quoi l’école et votre « imperfection » ont-elles joué un rôle dans la construction de votre identité ?

Au début, cela m’a brisé. Puis je me suis construit et cela a forgé ma détermination. C’est aussi mon vécu qui m’a donné envie d’animer des ateliers d’écriture de rap et de slam. Je vais régulièrement dans des écoles qui ont une étiquette négative (CEFA, écoles professionnelles), où la situation est tendue. Ces ateliers sont souvent organisés pour « calmer » le jeu. En fait, ces ateliers sont des prétextes à la rencontre. C’est de l’art thérapie. Les élèves sont valorisés autrement que par les points. Ils voient qu’ils sont capables de faire autre chose qu’accumuler les échecs, qu’ils sont capables de réussir. C’est mon vécu qui m’a donné cette envie d’aller vers ces jeunes.

Comment réagissent les jeunes à votre message qu’il y a une route pour chacun, même pour ceux qui sortent des rails ou qui n’entrent pas dans les cases ?

Souvent, après le spectacle, les jeunes me demandent s’il s’agit de mon parcours, de ma vie. Pour moi c’est clair. Pour eux, beaucoup moins. Ils sont étonnés.

Quand ils viennent, ils sont également contents de découvrir autre chose que le théâtre figé habituel, puisqu’il y a de l’impro dans mon spectacle. Par exemple, la plus part des profs disent aux élèves, quand ils vont au théâtre : « Taisez-vous ». Alors que moi, je veux qu’ils parlent.

Je les secoue, les interpelle, les bouscule. C’est indispensable car l’actualité ne les ménage pas. Il ne faut pas les prendre pour des petites choses fragiles. Si je les bouscule c’est pour les faire réagir, réfléchir.

À une époque où l’information est partout, tout le temps, c’est très important.

Comment percevez-vous l’école d’aujourd’hui ?

Chaque fois que je vais dans une école, je constate qu’elle est en souffrance. Les élèves souffrent, les profs souffrent. Je comprends les démissions en nombre. Quand je suis dans la salle des profs (qui est le poumon d’une école), j’entends les réalités de chacun, leur mal-être.

Je vois aussi celle des jeunes, surtout après les deux années qu’ils ont subies. Je me demande souvent comment j’aurais été si j’avais eu à subir cela. Lors des ateliers, je vois les traces que les mesures covid ont laissées chez les jeunes. Ainsi, quand on travaille sur les notions de citoyenneté, de règles à respecter, de respect de l’autorité… des failles surgissent chez les jeunes qui ont, parfois, subi avec injustice ces règles.

J’entends aussi beaucoup d’enseignants qui tentent de faire changer les choses. Je constate qu’il y a, par exemple, une démocratisation des pédagogies actives. « À mon époque », ces pédagogies étaient réservées à une certaine élite. Aujourd’hui, on essaie que cela soit accessible à tous.

Un changement important que je perçois aussi c’est le pouvoir des parents. Avant, le prof avait toujours raison. Maintenant, ce n’est plus le cas. Ce n’est pas forcément mal, mais ce n’est pas simple à gérer.

Comment l’école peut-elle agir pour que chacun puisse y trouver sa place ?

Souvent, les ateliers que j’anime sont des prétextes à la rencontre. L’école devrait être un lieu de rencontre. L’école devrait ouvrir le champ des possibles. Elle devrait permettre aux élèves de se projeter. Qu’il n’y a pas qu’un seul chemin.

Moi, j’ai repris des études à 22 ans car je me sentais mal de ne pas avoir de diplôme. C’était comme une revanche. On m’avait tellement bourré le crâne qu’il fallait absolument un diplôme pour réussir sa vie, alors qu’on peut accéder aux études supérieures en passant un examen d’entrée : il me fallait ce diplôme. Et je l’ai eu.

On nous présente les études secondaires générales comme un outil pour après, mais je constate qu’il faut surtout deux choses pour y arriver : savoir pourquoi on est derrière un banc et de la détermination.

Avez-vous autre chose à ajouter ?

Je pense qu’il faudrait créer des espaces, des moments où profs et élèves se rencontrent. Où chacun va à la rencontre de l’autre en tant qu’humain et pas qu’en tant que prof ou qu’élève. Comme après un spectacle où chacun va à la découverte de l’autre. Où la parole se libère. Il faut créer des moments où les jeunes peuvent « être » ailleurs que dans des défis Tik Tok. Aujourd’hui, beaucoup sont tiraillés par des défis stupides pour exister aux yeux des autres, où des brasseurs de vent tiennent le haut du pavé. Il faut permettre à ces jeunes de s’exprimer, de trouver leur voie et prouver qu’ils valent quelque chose même si les études c’est difficile.

Ce n’est pas en mettant dans des cases que l’on pourra créer du lien. C’est en bousculant les codes, en permettant la rencontre que l’on fera avancer les choses. Il faut que l’institution scolaire ouvre le chemin des possibles.

Propos recueillis par Hedwige D’HOINE

Entre nous

Petit, Mathieu D’Angelo est catalogué comme hyperactif : celui qui ne rentre pas dans les cases. Assistant social de formation, Mathieu est connu dans le monde des musiques urbaines sous le nom de Maky. Rappeur, slameur, artisan des mots à l’association Lezarts urbains, Maky est actuellement sur scène avec Hymne à l’imperfection, il nous conduit sur les chemins de sa vie au rythme des mots, du jazz.

Pour connaitre les dates et lieux des spectacles, représentation dans les écoles via la page Facebook de Maky. Contact et informations auprès de Manuel Antonio Pereira au +32(0)497/ 76 91 61 ou à grouptsek@hotmail.com.

Petit aperçu via un podcast : Bx1 - ça s'est passé hier soir.

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