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Magazine PROF n°0

 

Dossier Réforme de la formation initiale des enseignants

Futurs étudiants en section pédagogique :
« C’est une génération qui a une chance dingue »

Article publié le 01 / 07 / 2023.

Comment la réforme de la formation initiale des enseignants s’implémente-t-elle en haute école ? Et comment est-elle perçue ? Deux acteurs de première ligne expriment leur ressenti.

© Alexis Haulot

À la Haute École Léonard de Vinci, la réforme est accueillie avec enthousiasme. Daniel Maes, directeur du Secteur des Sciences humaines et sociales, et Jean-Philippe Dupont, chef du département du Master en enseignement Section 3 Éducation physique et à la santé, livrent leur vision de ce changement majeur. Deux passionnés dont le mot d’ordre est mieux former et mieux outiller.

PROF : La réforme entre en vigueur en septembre, êtes-vous prêts ?
Daniel Maes : On sera prêt. Les maquettes des programmes ont été construites. Maintenant les équipes d'enseignants s'emparent de chacune des UE (unités d’enseignement, ndlr) pour vraiment aller dans le déroulé des dispositifs d'apprentissage à l'intérieur des UE. Pour le reste, c'est vraiment en bonne voie.

Jean-Philippe Dupont : Les thèmes et les acquis d’apprentissage terminaux sont fixés. Ce qui pourrait encore varier, c’est le titre d’une UE, le nombre de crédits, la période à laquelle sont donnés les cours. Ce sont des ajustements à faire en avançant avec la réforme.

Quels seront les changements concrets pour vous ?
Jean-Philippe Dupont : Le principal changement est la collaboration plus étroite avec l'université et avec des nouveaux collègues qui vont venir donner cours chez nous. On a imaginé des UE cogérées. Il va donc falloir travailler en partenariat. Il y avait déjà des collaborations, pas directement sur le programme mais sur des projets de recherche. Des graines ont déjà été semées, elles doivent germer.

Et pour les étudiants ?
Jean-Philippe Dupont : Il y aura très peu de déplacements les trois premières années. Par contre, les étudiants de master se rendront sur le site de Louvain-la-Neuve (dans le cadre de la co-diplômation, l’UCLouvain est un des partenaires de la Haute École Léonard de Vinci*, ndlr). On va plus travailler en partenariat, en co-enseignement, en interdisciplinarité. Certains étudiants pourraient avoir des craintes liées à l’image qu’ils se font de l’université : des cours dans un grand auditoire, un professeur avec des attentes élevées, beaucoup de théorie au détriment des stages. Mais ce n’est pas ce qu’on a imaginé.

La réforme insiste sur la maitrise de la langue française. Constatez-vous des lacunes ?
Jean-Philippe Dupont : En première année, il y a des grosses différences. La maitrise de la langue n'est pas homogène et c’est souvent lié au parcours en secondaire. Le défi de l’amélioration du français est de le faire de manière attractive et qu’elle ait du sens pour les enseignants.

Daniel Maes : Il y a aussi un défi plus large de société parce qu'on se rend compte que le langage et la communication s'appauvrissent. Et une société dont le langage et la communication s’appauvrissent, s'appauvrit elle-même. Or, nous allons former des personnes qui seront quelque part la cheville ouvrière pour former les citoyens de demain. Si eux n'ont pas développé au maximum ces compétences, cela risque de se déliter.

La quatrième année, celle qui va désormais allonger la durée des études, sera principalement consacrée au stage. Comment cela va-t-il s’organiser ?
Jean-Philippe Dupont : On a imaginé que le stage se déroulerait au deuxième quadrimestre. À cette période, ils ont aussi le mémoire. En parallèle, ils pourraient s'appuyer sur ce stage long pour construire une recherche de terrain. Par ailleurs, la question de la pénurie peut entrainer des craintes. Mais les étudiants ne seront pas des remplaçants.

On espère avoir des enseignants de terrain chevronnés qui seront le parrain ou le tuteur de ces « enseignants-stagiaires ». Ils sont presque enseignants, presque collègues, mais ont encore des appréhensions par rapport au terrain. Ils ne connaissent pas encore toutes les facettes du métier et donc cela permettra aussi de rassurer et d’avoir un ancrage professionnel plus important.

C’est pourquoi l’étudiant ne doit pas uniquement donner cours. Il faut qu’il vive les conseils de classe, les réunions de concertation et les réunions de parents. Les stagiaires pourront prendre des classes seuls, c'est prévu. On peut imaginer aussi que les écoles en profitent pour envoyer deux ou trois jours les titulaires en formation continue.

Daniel Maes : Parallèlement, une formation pour les maitres de stage est organisée pour qu'ils puissent accompagner ces nouveaux types de stagiaires. Il y aura aussi un travail de collaboration étroite entre les écoles et nous. Le fait que, de temps en temps, l'étudiant soit seul dans sa classe n'est pas une mauvaise chose en soi parce qu’il peut expérimenter l'autonomie. L'important, c'est qu'il puisse être suivi. Des supervisions sont prévues ainsi que des séminaires d'accompagnement des pratiques, etc. Il ne sera jamais laissé tout seul.

© Alba Van Haelen

La réforme vise à mieux former les futurs enseignants. Selon vous, le seront-ils réellement ?
Daniel Maes : On y croit. Tous les pays qui nous environnent ont réformé et ils ont des meilleurs résultats au niveau du développement. L'idée est d’élever le niveau de la formation. Pas spécialement parce que c'était moins bien avant mais parce qu'on n'est plus dans la même société aujourd'hui et on doit s’adapter.

Jean-Philippe Dupont : Ce qui va changer, c'est le travail sur les transitions entre maternelle, primaire et secondaire. C’est logique de savoir ce qui se passe avant et après son niveau d’enseignement. Les étudiants seront beaucoup plus sensibilisés aux pratiques inclusives. La dimension de recherche sera aussi plus poussée : lire des articles, s’inspirer de pratiques et les tester dans sa classe.

Daniel Maes : On attend aussi un geste du gouvernement au niveau du barème. Si on veut que ça tienne la route, il faut passer au barème 401 pour que les gens qui passent quatre années à faire ces études-là puissent être valorisés. Ils sont détenteurs d'un master. On sait que l'argent ne fait pas tout mais on ne peut pas travailler uniquement sur la bonne volonté des gens. Il y a vraiment une attente forte de ce côté parce que les enseignants qui sont aujourd'hui sur le terrain pourront aussi passer un master à partir de 2026.

Pensez-vous que les étudiants seront mieux armés pour rester plus longtemps dans l’enseignement ?
Jean-Philippe Dupont : Je suis convaincu que l'idée du stage long va permettre aux futurs diplômés de comprendre vraiment le système. Et puis, sentir qu’ils font partie d’une équipe, être portés par ce travail collaboratif et comprendre tout le système va peut-être diminuer le choc de la réalité qu’on a parfois pour le moment. Il faut que ça s'accompagne d'une simplification administrative du début de la carrière.

Daniel Maes : Il faut continuer à faire rêver les gens sur ce métier. On demande trop de tâches annexes et administratives aux enseignants. Avec le programme qu'on va offrir, il faut laisser aux étudiants l'occasion de se déployer et de s'épanouir. Il faut les recentrer sur leur cœur de métier.

Cette réforme est aussi l’opportunité de toucher un public plus large…
Daniel Maes : On souhaite aller chercher des nouveaux candidats qui, dans l'ancien programme, ne seraient peut-être pas venus. Des candidats qui ont envie d'avoir un diplôme universitaire. Par ailleurs, nous offrons la possibilité de suivre la formation en horaire décalé. Cela concerne les sections 1 et 2 ainsi que la section 3 en langues germaniques. Pourquoi cette branche de la section 3 ? Parce qu'on a une grosse pénurie en langues. 

On s'est dit qu’il fallait aussi aller chercher les personnes qui ont envie d’une deuxième carrière dans l'enseignement. Miser sur une formation le soir et le week-end permet aussi d’aller chercher des étudiants qui sortent des secondaires. Cette formule leur permet de travailler la journée. Ils devront juste dégager du temps en journée lors des stages.

Un mot pour les futurs étudiants en section pédagogique ?
Jean Philippe Dupont : C’est une génération qui a une chance dingue d'être la première à se lancer dans cette aventure. C'est une génération un peu exceptionnelle et je pense qu'il faut la considérer comme telle. Elle va vivre des choses que les autres n'ont pas vécues.

Daniel Maes : C'est un métier humain, social et politique primordial. C’est la génération qui doit s'emparer du changement de l'humanité. L'enjeu est tellement énorme que les jeunes doivent embarquer sur ce projet parce que c'est là qu'on forme les citoyens de demain. Et là, il y a du taf comme on dit.

*La Haute École Léonard de Vinci fait partie du Consortium Enseigner ensemble aux côtés de la HELHa, Hénallux, la HE Galiliée, l'UCLouvain, l'Université Saint-Louis (Bruxelles) et l'UNamur
 

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