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Magazine PROF n°43

 


Dossier Rentrée 2019

Le type 8 s’organise
dans le secondaire spécialisé

Article publié le 02 / 09 / 2019.

Dès cette rentrée 2019, des élèves de type 8 peuvent s’inscrire dans l’enseignement secondaire spécialisé.

Un décret (1)  permet désormais aux écoles secondaires spécialisées d’organiser l’enseignement de type 8. Le point avec Didier Duray et Paul-André Leblanc, expert et conseiller au Cabinet de la Ministre de l’Éducation.

© Fotolia/Robert Kneschke

PROF : Qu’est-ce que le type 8 ?
Didier Duray :
L’enseignement spécialisé est destiné aux élèves qui, sur la base d'un rapport d’inscription, doivent bénéficier d'un enseignement adapté en raison de leurs besoins spécifiques et de leurs possibilités pédagogiques. Est précisé dans ce rapport, le type d’enseignement spécialisé que l’élève doit suivre.

Le type 8 s’adresse à des élèves atteints de troubles de l’apprentissage (2). Ils peuvent être orientés vers l’enseignement spécialisé si les aménagements dans l’enseignement ordinaire ne leur suffisent pas.

Avant ce nouveau décret, les élèves qui sortaient du type 8 primaire étaient orientés vers le secondaire ordinaire ou le secondaire spécialisé de type 1 (retard mental léger) ou de type 3 (troubles du comportement). Leur intégration dans le primaire ordinaire, importante, augmente.

Pourquoi était-il organisé seulement dans le primaire ?
Paul-André Leblanc :
À l’époque de sa création, on a sans doute pensé que ces élèves « guériraient » de leur trouble DYS ou du moins compenseraient suffisamment pour réintégrer l’enseignement secondaire ordinaire.

Un décret permet d’organiser le type 8 dans le secondaire spécialisé de forme 3 (visant à obtenir un certificat de qualification) dès septembre 2019. Pourquoi ?
D. D.
Cette mesure fait partie de la Déclaration de politique communautaire 2014-2019 (3). Elle répond aux parents des élèves qui ont eu une aide pour leur enfant en primaire, soit dans le spécialisé, soit dans l’intégration, et qui attendent le même accompagnement en secondaire. L’orientation vers le type 1 ou le type 3, qui ne correspond pas à leur enfant, ne leur convient pas, à juste titre.

Cette mesure est aussi une simplification administrative. Plus besoin d’un nouvel examen pluridisciplinaire pour réorienter l’élève. De plus, cela évite les faux prétextes et amène une orientation plus claire. Ce texte replace les élèves dans les lieux où ils doivent être et dans des pédagogies adaptées plus spécifiques, pour les type 8, mais aussi 1 et 3.

Pourquoi pas en maternelle ?
P.-A. L. :
Il est préférable que ces élèves fréquentent l’enseignement maternel ordinaire où un regard particulier peut être porté sur eux. Des mesures y aident, comme la mise en œuvre des aménagements raisonnables, l’obligation de fréquenter la M3, l’engagement d’auxiliaires logopédiques et de puéricultrices. De plus, nous voulons éviter le dépistage systématique. Par ailleurs et pour les mêmes raisons, le type 1 n’est pas non plus organisé dans le maternel.

Pourquoi pas la forme 4 ?
D. D. :
 La forme 4 équivaut à l’enseignement secondaire ordinaire. Elle est nécessaire pour certains besoins spécifiques comme la cécité et la surdité. Pour le type 8, si le niveau pédagogique est préservé, alors la scolarité doit se dérouler dans l’ordinaire avec un aménagement.

Cela augmente le nombre d’élèves dans le spécialisé ?
D. D. : Non. Pour éviter cette augmentation, on a placé des freins. L’élève doit avoir fréquenté le type 8 primaire ou réalisé une année d’intégration permanente totale dans le primaire ordinaire, sans avoir obtenu son CEB.

De plus, en 2020, la création des pôles territoriaux remplacera le système actuel de l’intégration. Les élèves qui en relevaient resteront dans l’ordinaire et ce sont les pôles territoriaux qui apporteront l’aide aux écoles primaires ou secondaires pour mieux les accompagner.

Enfin, le décret sur les aménagements raisonnables impose à l’enseignement ordinaire de mettre en place des stratégies pour aider les élèves présentant un besoin spécifique. Le Centre PMS ne peut orienter vers le spécialisé qu’en démontrant que les aménagements raisonnables ne permettent pas la poursuite de la scolarité en enseignement ordinaire.

L’impact sur la formation ?
D. D. :
 Un tel enjeu devrait impacter la formation initiale. Pour la formation continuée, l’Institut de la Formation en cours de Carrière dispose d’une offre pour les troubles d’apprentissage.

Patrick DELMÉE

(1) Publié au Moniteur belge le 1er juillet 2019,
{lien_extene|https://www.gallilex.cfwb.be/fr/leg_res_02.php?ncda=46918&referant=l01}
(2) Décret organisant l’enseignement spécialisé, publié le 3 juin 2004,
https://www.gallilex.cfwb.be/fr/leg_res_02.php?ncda=28737&referant=l01
(3) Lire en page 13,
http://www.federation-wallonie-bruxelles.be/index.php?id=dpc2014-2019

Où vont-ils en sortant du primaire spécialisé ?

L’enseignement spécialisé de type 8 rassemble 41 % de la population scolaire de l’enseignement primaire spécialisé en 2016‑2017 (1). Il accueille principalement des élèves provenant du 1er degré de l’enseignement primaire ordinaire. Il a pour finalité la réintégration dans l’enseignement ordinaire.

La majorité des élèves ayant fréquenté le type 8 passent dans l’enseignement secondaire ordinaire (44 % en 2011‑2012, 37 % en 2016‑2017). Environ un tiers de ces élèves poursuivent leur scolarité dans le secondaire spécialisé (majoritairement dans le type 1, dans une moindre mesure dans le type 3).

Le passage vers le primaire ordinaire concernait 11 % de ces élèves en 2011-2012 mais 21 % en 2016‑2017. Un glissement s’opère donc : en 2016‑2017, les élèves ont davantage tendance à poursuivre leur parcours scolaire dans l’enseignement primaire ordinaire qu’auparavant, et l’enseignement secondaire ordinaire semble moins fréquenté par ceux-ci.

(1) Les indicateurs de l’enseignement 2018, pp. 24-25, http://www.enseignement.be/indicateursenseignement